Eole et bacchus

Etiquette Eole et bacchus

Au début du monde, les dieux vivaient leur vie de dieux et se promenaient à la surface de la Terre.

Parmi ceux-ci il y avait Bacchus, fils de Jupiter, et qui sortit de la cuisse de son père, après la mort de sa mère Sémélé qui était enceinte de lui. Il passa toute son enfance loin de l’Olympe, dans les campagnes de Nysa, ville fabuleuse de l’Arabie Heureuse ou peut-être des Indes, ou peut-être encore, même les historiens ont tendance à l’oublier … dans la riante Touraine. Plus tard c’est Bacchus, qui le premier établit une école de musique et c’est en son honneur que furent données les premières représentations théâtrales.

Bacchus était donc un défenseur des arts, mais il est encore plus connu pour avoir créé le vin sur le Mont Nysa et pour avoir répandu la culture de la vigne, et aussi il faut bien le dire pour avoir initié les pratiques orgiaques et autres bacchanales.

Mais si nous parlons ici de Bacchus, c’est essentiellement par rapport à son passage en Touraine : Par une belle journée il arriva à Lussault et considéra le paysage, les replis du terrain, l’ensoleillement et c’est dans ce lieu que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Pintray qu’il planta la première vigne de Touraine. En attendant les premières vendanges, il batifola, courtisa, organisa des soirées consacrées à la musique, aux contes et au théâtre … soirées qui se terminait en orgies, car à l’époque la pratique artistique conduisait souvent à des attitudes totalement libres.

Mais après les premières vendanges, ce fut encore plus débridé, le nectar local venant donner plus de fougue, plus de folie à tous les participants complètement désinhibés. Et le lieu était connu dans tous les environs pour ses bacchanales endiablées … jusqu’au jour où un nouvel arrivant jeta un froid : Eole qui passait pas là s’arrêta avec ses outres remplies, non pas de vin, mais de vent. Eole ne se séparait jamais de ses quatre outres dans lesquelles il tenait enfermé les quatre vents : Nord, Sud, Est et Ouest. Au début il se comporta correctement, se laissa même aller à une légère ivresse, mais rapidement on s’aperçut de son désir caché : dérober de ce vin délicieux pour l’emmener avec lui … et pour prendre ce vin, il lâcha un vent … il ouvrit l’outre qui contenait le vent du Nord pour la remplir avec ce breuvage succulent … et sur le pays le vent du Nord se mit à souffler et à tout glacer, à tout ravager : la vigne gela et les fêtes cessèrent.

La tristesse envahit le pays, mais Bacchus réussit à intercepter Eole avant que celui-ci ne se sauve. Il lui proposa une grande quantité de vin s’il acceptait de faire rentrer le vent du Nord dans l’outre vidée de son vin. Sous la pression de Bacchus et de la population réunie derrière lui, Eole accepta et fit même un geste : il fit don au domaine d’une petite éolienne qui permettrait de puiser l’eau en cas de sécheresse et il promit que dans ce lieu, jamais au grand jamais les vents extrêmes ne souffleraient, afin que le raisin puisse venir librement à maturité et s’exprimer naturellement.

Aujourd’hui il reste de nombreuses preuves de cette histoire lointaine : un vin béni des dieux et l’éolienne dans la cour. Quant aux soirées conviviales, les actuels propriétaires ne semblent pas vouloir nous en fournir les détails …

Mais au-delà de tous ces éléments, la preuve suprême du lien qui unit Bacchus et Pintray se trouve dans de nombreux musées : toutes les représentations de Bacchus à cheval sur un tonneau, que ce soit au Musée Municipal de Nevers, à Rouen ou encore au Musée de la Renaissance à Ecouen, comportent sur le tonneau une inscription parfois presque illisible :

P..T..Y

Le déchiffrage de cette inscription historique est simple : il s’agit de Pintray auquel le temps a enlevé quatre lettres : IN et plus loin RA (et on s’est d’ailleurs servi de cela pour créer l’Institut National de la Recherche Agronomique …). Vous en conviendrez aisément : c’est bien la preuve irréfutable du passage de Bacchus à Pintray et surtout de son rôle déterminant pour la viticulture locale !